Le stade Jules Deschaseaux est un peu à l’image du club qu’il herberge depuis près de 40 ans. Il a une histoire ancienne, tumultueuse, avec des hauts et des bas, mais profondément ancrée dans la culture et l’histoire parfois triste du Havre pendant le 20è siècle.
Dans cette article, je vous exposerai son histoire, où du moins ce que j’en sais à l’heure actuelle, et vous verrez qu’il reste de nombreux trous.
Je suis toujours en recherche d’information à l’heure actuelle, donc même si je commence l’article, il sera modifié et remodifié en fonction des infos nouvelles que je trouverai
Il faut aussi rappeler que les recherches sont difficiles, on trouve peu d’informations, et en plus elles sont parfois contradictoires, ne soyez pas trop sévères avec les blogueurs havrais qui s’emploient à retrouver l’histoire cachée du Havre
1- La naissance du stade
On pense que la décision de construire un deuxième stade au Havre a été prise lors d’une réunion du conseil municipal de la ville du Havre en Décembre 1928. Ce projet était porté par le grand Jules Deschaseaux lui-même.
A l’époque, le stade de la cavée verte était le stade principal du Hac, selon certaines sources, il pouvait atteindre entre 22 000 places et 30 000 places. Le nouveau stade n’était absolument pas destiné à remplacer la cavée. Jules Deschaseaux avait plutôt imaginé un stade d’entrainement pour les sportifs havrais (footballeurs ou autres) et souhaitait également pouvoir l’utiliser pour y acceuillir d’autres manifestations culturelles (les fêtes de la jeunesse entre autres que Jules Deschaseaux avait mis en place dès 1925).
L’architecte René Le Boeuffle (né lui aussi en 1872 !) est chargé de sa construction. Il est également connu pour la construction des Maisons d’habitation collectives du parc d’or hérigées en 1924 au Havre et pour son livre “Le menuisier patrique” ainsi que pour ses travaux sur la serurrerie.
René Le Boeuffle n’était pourtant pas le premier à travailler sur le stade municipal, puisque dès 1923 l’architecte A.Grave avait déjà travaillé sur un projet de stade d’entrainement. On ne sait pas si René Le Boeuffle a repris ces travaux ou est-ce qu’il est reparti de zéro.
Le stade est construit dès 1929 et est inauguré en 1931 ou 1932 (les deux dates sont citées), il s’appelera le Stade Municipal.

Photo non datée du stade municipal vu sur http://lehavredavant.canalblog.com, probablement antérieure à 1938
Contrairement à certaines croyances, le stade municipal n’a jamais accueilli la coupe du monde 1938. Le match Tchécoslovaquie – Pays-Bas s’est bien déroulé à la cavée.
En revanche, la même année c’est à dire en 1938, le stade municipal a accueilli un match amical de l’équipe de France en préparation pour cette fameuse coupe du monde. C’est peut-être ce que montre la carte postale ci-dessous (vue sur le blog le havre d’avant)

2- Le Stade pendant la guerre
Le sort du stade municipal pendant la seconde guerre mondiale reste assez flou, on parle souvent de destruction “partielle” voir parfois de destruction “totale” de celui-ci. Mais sans jamais citer de sources certaines.
Les deux tomes de la collection “Le Havre 1938-1944″ nous donne cependant quelques précisions.
Bien que les auteurs ne mentionnent à aucun moment le stade municipal et les éventuels dégats causés. On peut lire deux informations interessantes :
18 et 19/09/1941 : bombardement de la route nationale au numéro 327 (deux bombes), 333, 335 (deux bombes) et 337 (pages 286 du Tome 1)
04 et 05/09/1944 : Bombardement de la route Lemoignon, au niveau de l’actuel parking du stade Deschaseaux. (tome 2 p???)
Il est à noté que la route nommée “Route nationale” à cette époque s’appelle aujourd’hui “Rue de Verdun”, les numéros 333,335 et 337 correspondent à l’emplacement actuel du stade Deschaseaux.
La rue Lemoignon, s’appelle désormais, rue du Commandant Abadie.
3- Le stade après la guerre
1951 : Reconstruction du stade municipal. On suppose qu’il a été reconstruit exactement au même endroit qu’avant la guerre
1956 : Ci-dessous, une des trubunes en arrière plan du stade Municipal lors des fêtes de la jeunesse de 1956. Il s’agit de l’ancêtre de la tribune présidentielle (SUD)

1954 : Le stade municipal prend enfin le nom de son batisseur, il devient donc “Stade Municipal Jules Deschaseaux”
1957 : Ci-dessous une vue d’ensemble du stade lors des fêtes de la jeunesse en 1957 (vue sur le blog Le Havre d’avant)
1962 : Encore une vue prise lors des fêtes de la jeunesse. On y voit l’ancêtre de la tribune Paul Langlois

1967 : Une vue de l’ancêtre de la tribune Harfleur vue depuis la rue du docteur Lamaze, comparée avec une photo de notre époque


4- Le HAC s’installe à Deschaseaux
1971 : En 1970, le HAC demande à réintégrer le championnat de France Open de deuxième division, en 1971 le HAC abandonne alors la cavée verte et s’installe à Deschaseaux. La cavée reste toutefois le centre de formation et le stade d’entrainement principal du HAC jusqu’à la construction du centre de Saint Laurent de Brèvedent. De nos jours, la cavée est dédiée exclusivement au centre de formation du HAC. Elle accueille généralement les matchs de la réserve du HAC
1979 : Début de la Construction de la tribune du KOP
Tout d’abord deux vues de l’ancêtre de la tribune Harfleur et l’extrêmité de la tribune Paul Langlois


On apperçoit en arrière plan une dernière vue de la tribune Harfleur lors d’un entrainement en 1979

1980 : La tribune KOP est achevée et la tribune Harfleur est en cours de construction
La première photo ainsi que la deuxième montrent le KOP en 1980 lors du derby HAC-FCR

Ci-dessous, une vue de la tribune Paul Langlois et de la tribune Harfleur en construction, toujours lors du même match.

Une autre vue de la future tribune Harfleur en construction

Et enfin, une vue de la tribune SUD

1985 : Une vue de la tribune SUD en 1985

Une photo de quelques supporters parisiens en tribune SUD lors du HAC - PSG en 1985
1988 : Fin des travaux de la tribune SUD (tribune présidentielle ou officielle)
2007 : Le 01/12/2007, une tornade (?!) frappe le stade Deschaseaux et ses allentours, heureusement peu de dégats et pas de blessés, on peut lire içi un article sur cet évênement climatique peu répendu dans nos contrées
5- Caractéristiques et particularités du stade Deschaseaux
Le stade Deschaseaux dans sa configuration actuelle est un stade dit “à l’anglaise”. C’est à dire qu’il est de forme rectangulaires et qu’il est composé de tribunes proches du terrain et enfin qu’il n’a pas de virages.
Il est principalement construit en béton et en métal, avec un toit bombé à longs pans.
Tous les stades ont leur propre niveau de raisonnance et leur propre fréquence, celles de Deschaseaux sont assez exeptionnelles, à un tel point que remplis de seulement 4000 spectateurs déchainés, il peut y avoir une ambiance semblable à celle des matchs à guichers fermés. C’est du bien évidemment à la configuration à l’anglaise citée ci-dessus.
Autre particularité de ce stade, l’impression de taille. Je m’explique… Lorsque vous voyez un match de foot à la télé, vous percevez mal la taille d’un stade, c’est systématique. Dans la majeure partie des cas, on a l’impression que le stade est plus grand à la télé, quand y va en vrai, on le trouve beaucoup plus petit, on du moins on le trouve plus resseré, moins vaste. Pour ma part, j’ai eu clairement cette impression avec le stade de France, le parc des Princes, le stade d’Ornano, la beaujoire, le stade Bolloart, l’ancien vélodrome et bien d’autres. Et bien avec Deschaseaux, c’est tout l’inverse. Quand on regarde Deschaseaux à la TV, on a l’impression qu’il est vraiment très petit (surtout avec les tribunes KOP et Harfleur) et quand on s’y rend, c’est déjà beaucoup plus grand.
La tribune du KOP a été habitée pendant de nombreuses années ! En effet, cette tribune habritait l’appartement du gardien du stade. Celui-ci se trouvait en dessous de la travée n°1. A ma connaissance, il n’y a plus de gardien à Deschaseaux depuis plusieurs années. (C’est à vérifier). Il y a également un gymnase en dessous de la tribune du KOP, l’entrée se situe Rue du pont Tinel
Il y aurait un trésor datant de la fondation du Havre caché en dessous de la travée H de la tribune paul langlois… non je déconne, en plus elle existe même pas la travée H…
Dimensions du stade : Longueur : 144 m, largeur : 72 m (Je ne fais que répéter, je n’ai pas vérifié…)
Ses p’tits surnoms : L’antre gravillaise, deschaz, stade du hac ou encore le très drole “stade des chasses d’eau”
6- Jules Deschaseaux, l’homme
Jules Deschaseaux est né en 1872, un signe du destin… Durant toute sa vie, il est très impliqué dans la vie politique havraise. Il occupe notamment le poste de conseiller municipal puis plus tard celui d’adjoint au maire. En général, il a en charge les sports, les infrastructures sportives (piscine, stade) et l’organisation de manisfestations culturelles. C’est lui qui lance les fêtes de la jeunesse en 1925. Comme on l’a vu plus haut, il porte également le projet de construction du stade qui porte aujourd’hui son nom, il sera également à l’origine de la construction de la piscine municipale (cours de la république). On peut penser que Jules Deschaseaux était un fou de foot, mais en faite sa véritable passion était le cyclisme, il a d’ailleurs fondé l’Etoile Gravillaise. Jules Deschaseaux est mort semble t’il en 1957 (parfois on peut lire que c’est en 1954, mais je pense que c’est une erreur, la confusion vient sans doute de l’hommage qui lui a été rendu en 1954 lorsqu’on a donné son nom au stade municipal, celà dit il était encore vivant)
7- Mon souvenir perso du stade Deschaseaux
Ca doit dater de 15 ou 20 ans, de retour d’un déplacement avec mon frère (je ne me rappelle même plus où), le car nous avait laissé sur le parking du stade, à proximité de la boutique, rue du commandant Abadie. Il devait être bien tard, au moins deux ou trois heures du matin. Il faisait froid, mais le ciel était dégagé et la lune était bien visible. On a remonté la rue du Pont Tinel, et on était Rue de Verdun. Tout à coup, mon frère me dit “Regarde ! Viens voir ça !”. Une des portes du stade était restée ouverte. C’était une des portes d’accès au KOP. On est entré et on est resté à regarder le stade pendant 5 ou 10 minutes, totalement vide, seulement éclairé par la lune. Il n’y avait pas un bruit bien sur, on entendait seulement le vent de temps en temps qui s’engoufrait dans les tribunes. Il n’y avait pas encore les sièges dans les tribunes KOP et Harfleur. Une voiture est passée dans la rue de Verdun et nous a sortis de notre torpeur. Alors on est repartit, on a fermé la porte et on a récupéré notre voiture. Cette image est restée gravée dans ma mémoire.

